Je m’accorde à publier comme premier
écrit de ma lutte, cet écrit de l’article de la revue Sciences humaines, le n°
spécial, le numéro 4, Novembre-Décembre 2005. Plus que chanter la vertu de la
femme Africaine, nous reconnaissons son mérite et voudrons en être des dignes
témoins.
Les femmes africaines n'ont pas la
partie facile : pourtant elles représentent, par leur travail acharné et
leurs modes d'organisation astucieux, les premiers agents économiques et
sociaux du continent noir.
Il vaut mieux naître femme en Afrique
qu'en Asie. Cette affirmation peut surprendre de
prime abord lorsque l'on a présente à l'esprit la formule employée par des
générations de géographes, à commencer par le grand tropicaliste Pierre
Gourou :« La femme est la bête de somme de l'Afrique. »Cette
affirmation est toujours vraie. Mais aujourd'hui, ce sont les femmes qui,
concrètement, tiennent les leviers de commande du continent. C'est tout le
paradoxe du statut de la femme en Afrique.
Il est désormais établi que naître femme dans une grande partie de l'Asie
est une malédiction : en Inde, la femme souffre de discriminations à tous
les âges de la vie... lorsqu'elle a la chance de pouvoir grandir. Indiens et
Chinois suppriment en effet à la naissance une partie de leurs petites filles
car ils savent qu'ils devront acquitter une lourde dot pour pouvoir la marier
et qu'elle quittera le foyer familial pour se mettre au service exclusif de ses
beaux-parents. Avoir une fille revient à « arroser le jardin du voisin ».
La discrimination hommes-femmes explique qu'il y ait un excédent d'environ 60
millions d'hommes dans les deux seuls pays-continents que sont la Chine et
l'Inde.
Rien de tel en Afrique. Bien sûr, évoquer « l'Afrique » sans
autre précision peut sembler abusif, tant la diversité des situations, dans un
continent qui regroupe 53 pays et 13 % de la population mondiale, est
extrême, ne serait-ce qu'entre Afrique du Nord et Afrique subsaharienne, ou au
sein de cette dernière, entre pays musulmans et chrétiens. Néanmoins quelques
tendances se dégagent, qui individualisent l'Afrique par rapport au reste du
monde. D'abord, les populations africaines ne pratiquent généralement pas de
discrimination selon le sexe de l'enfant, ni à la naissance, ni dans les
premières années de la vie. La petite fille est aussi bien accueillie que le
petit garçon (il est néanmoins important pour l'homme de mettre au monde des
fils... comme partout ailleurs).
Les femmes : richesse du mari
Ensuite... les choses changent. C'est dans les campagnes que la situation
des femmes est la plus difficile. D'abord, la fillette est moins envoyée à
l'école : les mères ne voient pas l'utilité de scolariser une enfant qui
est appelée, dès son plus jeune âge, à les seconder, en gardant les plus jeunes
et en participant aux tâches domestiques, comme aller chercher l'eau ou
s'occuper de la maison. Dès 4 ans, la petite fille est mise au travail. Quatre
cinquièmes d'entre elles ne sont ainsi pas scolarisées. Avec leurs mères, elles
pourvoient à l'économie de la cellule familiale.
Car la femme en Afrique est perçue comme une richesse. Contrairement à ce
qui se passe en Inde, c'est le mari qui doit payer la dot aux parents de celle
qu'il souhaite épouser. Et cette dot n'est pas négligeable. Elle est même
souvent tellement lourde que seuls les hommes aisés ou âgés (ceux qui ont
travaillé suffisamment longtemps pour réunir son montant) peuvent acquitter son
prix, accaparant ainsi les femmes au détriment des hommes jeunes. L'écart d'âge
entre les époux est ainsi fréquemment très élevé. Il n'est pas rare que la
jeune fille rejoigne avant même ses premières règles l'homme qui s'est mis
d'accord avec ses parents pour l'« acheter ». Pourquoi ce prix à
payer ? Parce que, par ses épouses, l'homme acquiert une force de travail.
Plus il a de femmes, plus le nombre de personnes qui travaillent à son service
est important, plus il est riche et envié. Les femmes qui constituent son foyer
accroissent sa surface économique et son prestige social.
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